Discours de la pré-rentrée

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Discours de la pré-rentrée

Chers collègues,

 

Nous voici de nouveau rassemblés au seuil de cette année scolaire 2026-2027.

 

Année après année, nous pourrions être tentés d'espérer que le cours des choses finisse par se stabiliser, que l'apaisement vienne dissoudre les incertitudes et apaiser nos inquiétudes. Et pourtant, la réalité qui nous entoure — qu'elle soit envisagée sur le plan politique, sécuritaire ou économique — continue de nous ébranler profondément, dans notre pays comme à l'échelle du monde. Nous traversons une époque de mutations où s'accumulent la fragilité des institutions, la précarité du quotidien et l'imprévisibilité de l'avenir.

 

Mais plus encore que les crises matérielles, c'est une dérive plus insidieuse et plus fondamentale qui doit retenir notre attention : la perte progressive des valeurs et des repères éthiques, le relâchement des normes qui fondent le vivre-ensemble et l'érosion de ce qui faisait la dignité de notre humanité commune. Dans notre pays comme dans le monde entier, ce changement entraine un climat de désorientation et de confusion qui touche chacun d'entre nous.

 

Ce sont nos jeunes, en premier lieu, qui subissent de plein fouet ces déstabilisations. Nous le constatons au quotidien dans nos classes : ils traversent de profondes difficultés face aux exigences fondamentales de la responsabilité, de l'engagement et de la constance. Confrontés au désarroi de l'environnement socio-économique d'une part, et absorbés d'autre part par le monde du virtuel et l'immersion continue dans les réseaux sociaux, ils souffrent d'une dispersion inédite de l'attention, d'une altération de la capacité de concentration et d'un effacement graduel du sens du devoir. Une démission silencieuse s'installe trop souvent chez eux — une incapacité à percevoir la nécessité, la gravité et l'importance réelle des choses, au profit du superficiel, de l'instantané et de l'éphémère.

 

Tout cela représente pour nous, instituteurs, enseignants et éducateurs, d'immenses défis à relever, car nous ne sommes plus seulement des transmetteurs de connaissances. Nous devenons les gardiens d'une faculté plus fondamentale encore : celle de l’attention. Car toute véritable éducation commence par un acte d'attention. Oui. Être attentif à un texte, à une démonstration, à une œuvre, à une idée, être attentif à une personne, à son sourire, à son angoisse, à son errance, à son cheminement… être attentif à soi-même et finalement être attentif au monde.

Sans cette attention, aucune connaissance ne s'enracine, aucune responsabilité ne naît, aucune liberté ne devient possible. C'est pourquoi notre responsabilité est immense.

 

Face à cette situation, l'appel premier qui nous est lancé en cette rentrée est un appel à la vigilance. Non pas une vigilance soupçonneuse ou craintive, mais une vigilance éveillée, lucide, aimante et exigeante ; celle du veilleur qui refuse la résignation et le fatalisme. Il nous appartient d'être les gardiens de la mémoire, de la réflexion et du sens dont ces jeunes ont besoin.

 

Pour répondre à cette urgence, nous ne pouvons agir de manière isolée. L'exigence de notre mission nous appelle à être ensemble, à former une communauté éducative solide, soudée et fraternelle. Seule une communauté unie autour de convictions partagées peut offrir aux jeunes le cadre sécurisant, cohérent et structurant dont ils sont aujourd'hui privés.

 

C'est pourquoi l'enjeu de cette année dépasse chacun de nous. Il concerne notre communauté.

 

Cette communauté naît d'une vision partagée (parler un même langage éducatif, porter les mêmes exigences, donner les mêmes repères, faire vivre les mêmes valeurs) pour offrir aux jeunes une cohérence dont ils ont profondément besoin.

 

Dans un monde fragmenté, l'école doit devenir un lieu d'unité, d’écoute, de bienveillance, d’exigence et de sens. Nous ne sauverons pas le monde. Ce n'est pas notre mission. Mais chaque fois qu'un élève retrouvera confiance en lui, chaque fois qu'un jeune découvrira la joie de comprendre, chaque fois qu'un enfant apprendra à respecter l'autre, chaque fois qu'un adolescent prendra conscience de ses possibilités, de sa responsabilité, de sa dignité, de sa personne… alors une part du monde aura été sauvée.

 

Voilà pourquoi notre métier demeure l'un des plus beaux qui soient.

Parce qu'il travaille sur ce qui ne se voit pas immédiatement.

Parce qu'il construit l'avenir dans le silence du présent.

Parce qu'il prépare des femmes et des hommes que nous ne connaîtrons jamais complètement mais auxquels nous aurons transmis quelque chose d'essentiel.

Au fond, chers collègues, notre mission pourrait se résumer ainsi.

 

Nous ne sommes pas seulement responsables de ce que nos élèves sauront.

Nous sommes responsables de la manière dont ils apprendront à être des hommes et des femmes libres.

Faire communauté aujourd'hui, c'est aussi savoir habiter notre temps sans le subir. Nous devons travailler ensemble pour répondre aux besoins nouveaux des élèves et apprendre à apprivoiser l'évolution extrêmement rapide du numérique et des outils de l'Intelligence Artificielle. Ces mutations majeures ne doivent être ni rejetées par aveuglement ou par principe, ni subies avec naïveté ou adaptées sans discernement. Il nous appartient d'en saisir les opportunités pédagogiques tout en armant nos jeunes d'un esprit critique acéré, leur rappelant que la technologie doit demeurer au service de l'humain et de la pensée profonde, et non l'inverse.

 

Notre engagement éducatif est plus que jamais un acte d'Espérance et de résistance spirituelle et culturelle. C'est par le travail, la rigueur, l'écoute et l'exigence fraternelle que nous aiderons nos élèves à retrouver le goût de l'effort, la joie d'apprendre et le sens de la responsabilité envers eux-mêmes et envers la cité.

 

Alors, au moment d'ouvrir cette nouvelle année scolaire, avançons avec confiance.

 

Ayons l'audace de croire que l'éducation demeure l'une des dernières forces capables de résister à la fragmentation du monde.

 

Ayons l'humilité de continuer à apprendre.

 

Ayons le courage de maintenir nos exigences.

 

Ayons la fidélité de demeurer présents auprès de chaque élève.

 

Et souvenons-nous que les civilisations ne disparaissent pas lorsqu'elles manquent de technologies. Elles disparaissent lorsqu'elles cessent de transmettre ce qui les rend humaines. C'est cette transmission qui nous est confiée, qui donne sens à notre vocation.

 

C'est elle qui fait de notre communauté éducative non seulement un lieu d'enseignement, mais une communauté de femmes et d'hommes qui choisissent, chaque matin, de croire qu'éduquer demeure le plus bel acte d'espérance. Reconnaître le professeur, c’est reconnaître ce travail discret de passeur : celui qui tient la main sans entraver, qui questionne sans imposer, et qui donne le goût de penser par soi-même. Être professeur, c’est croire que tout le monde peut apprendre et s’entêter à le prouver. C’est accepter de ne pas voir tout de suite le fruit de son travail, mais de semer quand même. Merci pour cette foi tranquille dans l’éducabilité de chacun et pour l’espace que vous offrez à la liberté de grandir.

 

Je vous souhaite, chers collègues, une année de confiance, d'exigence, de fraternité et de réussite.

 

Forts de cette solidarité et de notre foi dans l'avenir, prononçons ensemble un  « oui » résolu pour cette année nouvelle. Courage, nous sommes ensemble.

 

Je ne saurais conclure sans exprimer notre profonde et fidèle reconnaissance à tous ceux qui nous soutiennent et marchent avec nous dans cette traversée : la Congrégation du Carmel Saint Joseph, l'Institution Saint Joseph de Tassin à Lyon dont l'amitié indéfectible et le jumelage continuent d'incarner une fraternité exemplaire, la Fondation Blancmesnil pour son soutien fidèle et généreux, ainsi que notre chère amie Chantal Trichard pour son engagement sans faille à nos côtés.

 

 

Avec courage et confiance, avançons ensemble.

 

 

               La directrice

Charlotte Awit

 

   

 

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